Marie José Nat nous a quitté jeudi dernier

  • Mis à jour : 12 octobre

L’actrice Marie-José Nat est morte

La comédienne, prix d’interprétation à Cannes en 1974, avait joué sous la direction d’Henri-Georges Clouzot, de Michel Drach ou d’André Cayatte. Elle s’est éteinte le 10 octobre à l’âge de 79 ans.

L’actrice Marie-José Nat, née le 22 avril 1940 à Bonifacio, d’un père kabyle militaire de carrière, Abdelkader Benhalassa, et d’une mère bergère corse, Vincentine Biancarelli, est décédée jeudi 10 octobre, à Paris, à l’âge de 79 ans. La brune Marie-José Benhalassa a rêvé très tôt de devenir comédienne, quittant Ajaccio, où elle a grandi, pour s’installer à Paris avec sa famille, en 1955. Elle travaille alors comme mannequin, s’inscrit au cours Simon et fait de la figuration aux côtés de Bernard Blier et de Nicole Courcel.

Contemporaine aussi de Marina Vlady et de Michèle Mercier, elle débute discrètement au cinéma à la fin des années 1950. Le réalisateur Georges Lampin la remarque et la dirige en 1956 dans « Crime et châtiment », avec Jean Gabin et Bernard Blier.

Elle obtient son premier grand rôle dans « Rue des prairies » (1959) de Denys de La Patellière, où elle incarne la fille de Jean Gabin . Dans ce film Marie-José Nat incarne une jeune fille pressée de quitter ses origines sociales, qui se marie par intérêt avec un homme riche.

L’année suivante, dans « La Vérité » (1960) d’Henri-Georges Clouzot, Marie-José Nat joue la sœur de Brigitte Bardot, accusée devant la cour d’assises du meurtre de son amant (Sami Frey). Puis le réalisateur Michel Drach la contacte pour « Amélie ou le Temps d’aimer » (1961). « Dans La Vie conjugale » (1964) d’André Cayatte, Marie-José Nat représente l’archétype de l’épouse de cette époque.

Sa collaboration avec Michel Drach – qui fut son deuxième mari, de 1965 à 1981, après une première union avec l’acteur Roger Dumas – lui permet d’obtenir quelques-uns de ses plus grands rôles (jusqu’au « Passé simple » en 1977). « Dans Elise ou la Vraie Vie » (1970), la comédienne incarne une jeune femme qui, s’ennuyant à Bordeaux, « monte » à Paris pour rejoindre son frère, employé dans une usine et membre du Front de libération nationale (FLN) pour l’indépendance de l’Algérie. Elle vit une histoire d’amour avec un militant algérien, Arezki (Mohamed Chouikh), rendue difficile par le racisme environnant. Puis son rôle dans le film autobiographique de Michel Drach, « Les Violons du bal », lui vaudra le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1974. Dans ce film, le réalisateur revient sur son enfance de jeune juif pendant la seconde guerre mondiale. Michel Drach adulte est incarné par Jean-Louis Trintignant, Marie-José Nat interprétant son épouse, donc elle-même.

Une carrière au théâtre
Parallèlement à ses collaborations avec Michel Drach, Marie-José Nat travaille avec Gérard Oury (« La Menace », en 1961, avec Robert Hossein), Alexandre Astruc (« L’Éducation sentimentale », en 1962, avec Jean-Claude Brialy), Claude Autant-Lara (« Le Journal d’une femme en blanc », en 1965, avec Claude Gensac), Michel Boisrond (« Dis-moi que tu m’aimes », en 1974, aux côtés de Mireille Darc et Jean-Pierre Marielle). Après avoir tourné avec Jean-Pierre Mocky dans « Litan » (1982), elle s’éloigne du cinéma – elle participera plus tard à des coproductions internationales, comme « Train de vie » (1998) de Radu Mihaileanu.

Commence alors pour l’actrice une carrière au théâtre, dans les années 1980, notamment dans « Désiré » (1984) de Sacha Guitry, face à Jean-Claude Brialy, et « Voisin voisine » (1985) avec Victor Lanoux. On la vit aussi souvent à la télévision, où elle joua dans la série « Les Gens de Mogador » (1972) ou « Terre Indigo », le feuilleton de l’été 1996. Et bien plus tard dans « Colette, une femme libre » (2004), de Nadine Trintignant.

Marie-José Nat a vécu ses dernières années en Corse, à Bonifacio, avec Serge Rezvani, peintre et auteur de chansons (J’ai la mémoire qui flanche, Le Tourbillon de la vie, interprétées par Jeanne Moreau), avec lequel elle s’était mariée en 2005.

Ref. Le Monde par Clarisse Fabre