Cinéma et histoire militaire _ La 317° Section

  • Mis à jour : 5 janvier

« La 317e Section » est un film franco-espagnol réalisé par Pierre Schoendoerffer, sorti en 1965, adapté de son propre roman publié en 1963.

Synopsis =
L’histoire de huit journées de guerre. En mai 1954, durant la guerre d’Indochine, la 317e section locale supplétive composée de quatre Français et de quarante-et-un Laotiens reçoit l’ordre d’abandonner le petit poste isolé de Luong Ba à la frontière du Laos, pour rallier une colonne partie au secours du camp retranché de Diên Biên Phu.
Il faut rejoindre Tao Tsaï, à cent cinquante kilomètres plus au sud, et s’user en affrontant la forêt hostile, l’eau, les intempéries, les fièvres et les forces communistes Vi ?t Minh qui déferlent de concert sur la section. Durant la marche, les soldats apprennent avec consternation la chute du camp retranché de Diên Biên Phu.
La section est commandée par un officier, assisté de trois sous-officiers français et d’un sous-officier laotien. Arrivé quinze jours plus tôt, l’officier, le jeune sous-lieutenant Torrens vient tout juste de sortir de formation à Saint-Cyr ; il est secondé par l’adjudant Willsdorff, vieux routier et vétéran de la Seconde Guerre mondiale, dans la Wehrmacht. Les sergents Roudier, Perrin et Ba Kut complètent l’encadrement.
La fuite de la section est ponctuée d’embuscades et de morts. L’inexpérience et la bonne volonté de l’officier, qui détient le commandement, sont sans cesse confrontées au pragmatisme et aux efficaces réflexes de guerre du sous-officier. La compréhension et le respect se nouent peu à peu entre eux.

Fiche technique
Réalisation : Pierre Schoendoerffer, assisté de Philippe Fourastié
Scénario et dialogues : Pierre Schoendoerffer d’après son roman éponyme
Production : Georges de Beauregard et Benito Perojo
Musique : Pierre Jansen et Gregorio García Segura (en)
Montage : Armand Psenny
Durée : 100 minutes
Date de sortie en France : 31 mai 1965

Distribution
Jacques Perrin : le sous-lieutenant Torrens
Bruno Cremer : l’adjudant Willsdorff
Pierre Fabre : le sergent Roudier
Manuel Zarzo : le caporal Perrin
Boramy Tioulong : le sergent supplétif Ba Kut

Analyse
Le film offre plusieurs angles, dont l’importance, pour le chef inexpérimenté, même talentueux, de tirer parti des avis des hommes d’expérience, même moins élevés en grade. Pour l’adjudant Willsdorff, dans la guerre, seule compte l’efficacité.
La force du réalisme épaulée par le noir et blanc confère une grande puissance évocatrice à cette fuite sans espoir, qui dépeint les huit ultimes journées de soldats français en Indochine.

Tourné au Cambodge, il s’agit de l’un des rares films réalisés sur la guerre d’Indochine. Pierre Schoendoerffer, qui a été cinéaste aux armées pendant cette guerre et a notamment participé au siège de Ði ?n Biên Ph ?, a voulu donner un réalisme quasi documentaire à son film avec une prise de vue faite caméra à l’épaule. Pendant un mois, il a obligé acteurs et techniciens à vivre et à bivouaquer au cœur de la forêt cambodgienne, rendant le tournage particulièrement pénible. « J’ai imposé à tout le monde la vie militaire, dira le cinéaste. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort. Tous les matins, nous nous levions à 5 heures et nous partions en expédition à travers la jungle. Nous étions ravitaillés par avion toutes les semaines. La pellicule était expédiée à Paris dans les mêmes conditions. De là-bas, on nous répondait télégraphiquement ’Bon’ ou ’Pas bon’. »

Si le roman débute le 26 avril 1953, l’histoire du film débute le 4 mai 1954 et se finit à la bataille de Diên Biên Phu. Ce changement de datation donne l’impression d’un dramatique effondrement général dans cette longue marche où fondent les effectifs, ce qui n’est pas sans rappeler le thème de « La Patrouille perdue. » Tout un monde s’effondre, les populations les plus amicales ne savent plus que conseiller « Di vê mau lên » (« Partir vite ! »).

La version longue d’« Apocalypse Now », qui incorpore des scènes inédites avec Aurore Clément, contient une référence explicite à La 317e Section à travers la métaphore de l’œuf (« Le blanc part mais le jaune reste »).

Critiques
« À l’inverse des esthètes en chambre, Pierre Schoendoerffer connaît le terrain. Il décrit les corps, les lieux, les embuscades, avec une aisance de vieil armurier. Avant « La 317e Section », le film de guerre français n’existait pas. La 317e écrase sans effort les neuf dixièmes du cinéma français. Pour une fois, « ça bouge ». » — Michel Mardore.
En 2018, l’historien britannique Antony Beevor déclare qu’il considère la 317e Section comme le plus grand film de guerre jamais réalisé8.