Nelly Kaplan meurt à Genève

  • Mis à jour : 12 novembre

Nelly Kaplan est une écrivaine et cinéaste française, née le 11 avril 1931 à Buenos Aires, en Argentine et morte le 12 novembre 2020 à Genève

BIOGRAPHIE

La famille de Nelly Kaplan est d’origine juive russe. C’est une enfant turbulente et pour « se débarrasser d’elle », ses parents l’envoient au cinéma. Elle découvre lors des matinées classiques des films muets et sonores. Le cinéma devient sa seconde passion avec la littérature. « Quand je serai grande, je ferai du cinéma », déclare la jeune Nelly Kaplan, 9 ans, au petit déjeuner, après avoir été éblouie par le « J’accuse ! » d’Abel Gance. « On ne parle pas la bouche pleine », lui rétorque son père, bourgeois argentin, habitué aux frasques de son impétueuse fille. Scène de la vie familiale ordinaire chez les Kaplan où la cadette, « née rebelle comme d’autres naissent coiffées », a toujours entendu sa mère dire que le jour où elle a été conçue les diables avaient pris la place de son père ! « Ça m’a beaucoup plu, racontait-elle. Belzébuth comme père, pourquoi pas ? On pourrait avoir des conversations intéressantes
A 18 ans, elle décide de quitter l’Argentine : « En révolte envers une société qui ne me voulait aucun mal mais qui essayait de me normaliser en fonction de ses critères. Ah ! ce “plaisir aristocratique de déplaire” cher à Baudelaire, pourvu qu’il ne me quitte pas ! » Le choix de la France est une évidence, en raison de son attirance pour son cinéma et les courants de pensée qui ont nourri ses lectures

. Elle arrive depuis Buenos Aires à l’âge de 22 ans. Avant de prendre le bateau, elle sollicite revues et journaux argentins pour être leur correspondante. En 1953, elle arrive à Paris avec ces accréditations presse et une lettre d’introduction du directeur de la Cinémathèque argentine. Grâce à ce document, Henri Langlois l’accueille à la cinémathèque et lui ouvre les portes de toutes les projections. C’est lui qui, en 1954, lors d’une réception en hommage à Georges Méliès, la présente à Abel Gance dont, quinze jours après cette rencontre, elle devient l’assistante ;

elle tiendra un petit rôle dans « La Tour de Nesle » (1954).

Elle l’assiste également pour les films « Magirama » (1956) et « Austerlitz » (1960).


Cette même année 1954, elle rencontre et se lie d’amitié avec Théodore Fraenkel, ex-condisciple d’André Breton au collège Chaptal et durant la Première Guerre mondiale (1914-1916) en tant qu’internes en médecine à Nantes.
En 1955, elle rencontre Philippe Soupault, puis en 1956, André Breton : le début d’« une éblouissante amitié amoureuse ».

Auprès d’Abel Gance, elle se passionne pour la Polyvision (3 projections en même temps sur un écran) qu’a expérimentée le cinéaste, et à laquelle elle consacrera un essai. Elle apprend le métier : le montage en appliquant la polyvision au film « J’accuse », la mise en scène en dirigeant une seconde équipe sur« Austerlitz ».

Par ailleurs elle commence à écrire. En 1959 et 1960 paraissent chez Éric Losfeld, sous le pseudonyme « Belen », trois plaquettes publiées à tirage limité : « La Géométrie dans les Spasmes », « Délivrez-nous du Mâle » et « La Reine des Sabbats. »

En 1961, Nelly Kaplan réalise son premier court-métrage sur le peintre Gustave Moreau, et rencontre André Pieyre de Mandiargues. Abel Gance l’accompagne également dans sa découverte de l’occultisme dont on trouve des traces dans tous ses films ou romans (boule de cristal, tarot, liseuse de drap…)

En 1964, elle rencontre le producteur Claude Makovski avec qui elle entame une collaboration intense : ils créent la société de production Cythère Films, qui produit les projets de courts métrages documentaires de N. Kaplan. Makovski la pousse à réaliser son premier long métrage, « La Fiancée du pirate », en 1969, avec Bernadette Lafont dans le rôle principal ;

Quand, en 1969, installée en France, elle décide d’écrire son premier long métrage, ce sera « l’histoire d’une sorcière des temps modernes qui brûle les inquisiteurs au lieu de se faire brûler ». En toute logique de la subversion, La Fiancée du pirate sera interdit aux moins de 18 ans pour « apologie du vice » – échappant de très peu à une interdiction totale. Un an après Mai 68, le vent de la contestation n’était visiblement pas encore arrivé jusqu’aux cen­seurs de la commission de contrôle des films. Que lui reprochait-on, à cette comédie grivoise ? Son odeur de soufre, bien sûr, et de faire l’apologie d’une femme libre, qui assume ses choix, revendique son désir d’indépendance… et se venge de « l’espèce testiculaire » avec une bonne dose d’humour. Dans son film, Nelly Kaplan tire sur tout ce qui la révolte : l’esprit petit-bourgeois, la mesquinerie, les passe-droits, la lâcheté, le clergé… C’est pourtant grâce à l’abbé Oraison, qui siégeait à la commission, que le film obtient son visa d’exploitation. Il avait vu bien pis dans ses paroisses, aurait-il déclaré !

Claude Makovski produira tous ses films (y compris Abel Gance et son Napoléon) sauf « Néa », commande faite à la réalisatrice pour adapter une histoire d’Emmanuelle Arsan. Une autre rencontre importante sera celle du cinéaste Jean Chapot avec qui elle écrira tous les films qu’elle ou lui réalisera, depuis Néa (1976) jusqu’à la mort de ce dernier en 1998.

Nelly Kaplan tient la rubrique cinéma dans Le Magazine littéraire et participe à l’émission de radio Des Papous dans la tête diffusée par France Culture. Selon un de ses proches, François Martinet, qui l’avait longuement interviewée pour les Cahiers du cinéma, Nelly Kaplan avait accompagné son compagnon, l’acteur et producteur Claude Makowski, à Genève, où il est décédé en août de la maladie de Parkinson. Elle était depuis dans une maison de repos où elle a contracté le Covid-19, dont elle est décédée.

FILMOGRAPHIE
Actrice

1955 : La Tour de Nesle d’Abel Gance : Alice
1960 : Austerlitz d’Abel Gance : Madame Récamier
1979 : « Charles et Lucie » : Nostradama

1991 : Les Mouettes (téléfilm) de Jean Chapot : Belen
1993 : Polly West est de retour (téléfilm) de Jean Chapot : Salomé von Jung
1994 : Honorin et l’enfant prodigue (téléfilm) de Jean Chapot : Dora

Documentaires
- Gustave Moreau, 1961, court-métrage 22 min, avec la voix d’André Breton
- Rodolphe Bresdin, 1962, c.m. 17 min.
- Abel Gance, hier et demain, 1963, 28 min.
- La Nouvelle Orangerie, 1965, c.m. 10 min, sur la collection Walter Guillaume
- Les Années 25, 1965, c.m. 12 min, sur les Années folles à partir d’une exposition au musée des arts décoratifs de Paris
- Dessins et merveilles, 1966, c.m. 11 min, sur les dessins de Victor Hugo
- À la Source, la femme aimée, 1966, c.m. 10 min, sur les dessins érotiques d’André Masson
- Le Regard Picasso, 1967, 52 min, Lion d’or au Festival de Venise
- Abel Gance et son Napoléon, 1983, 60 min

Réalisation
1969 : La Fiancée du pirate
1971 : Papa les p’tits bateaux
1976 : Néa
1979 : Charles et Lucie
1987 : Pattes de velours, pour la télévision
1991 : Plaisir d’amour