Le cinéma de l’Ouzbékistan

  • Mis à jour : 5 septembre

Le cinéma ouzbek recouvre l’ensemble des activités de production et réalisation au Ouzbékistan, d’abord comme composante du cinéma russe et soviétique puis de façon indépendante à partir de 1991. La production ouzbèke des années qui précèdent l’indépendance peut être distinguée de la production russe par la langue de tournage des films concernés (principalement ouzbek), par la thématique nationale ou par la nationalité de leurs réalisateurs et acteurs.

LE CINEMA OUZBECK

HISTORIQUE

Les premières projections cinématographiques en Ouzbékistan, l’une des républiques de l’ex-URSS, ont lieu dès 1897 et au début du XXè siècle ce pays développe une industrie du cinéma de premier plan en Asie centrale. Il ne tarde pas à devenir un outil de propagande à partir des années 1920, moment ou le pouvoir soviétique s’installe dans la région. Ainsi a-t-on l’habitude de considérer que le cinéma ouzbek se divise en deux grandes périodes : le cinéma de l’Ouzbékistan soviétique (1924-1991) et le cinéma de l’Ouzbékistan depuis l‘indépendance en 1991.

Uzbekfilm ( ouzbek : O’zbekfilm), créé en 1925, est le plus grand et le plus ancien studio de cinéma d’ Ouzbékistan . L’ Institut national des arts et de la culture d’Ouzbékistan est une importante école de cinéma à Tachkent .

La période Soviétique

La première période est aussi celle de croisées des cultures, la région devenant une terre d’accueil pour de nombreux citoyens soviétiques.

Un département cinématographique a été créé en 1920 dans ce qui était alors la République socialiste soviétique autonome du Turkestan , et en 1924 les premiers studios de cinéma ont été créés à Boukhara en tant qu’entreprise coopérative entre le studio Sevzapkino en Russie et le Commissariat aux Lumières de la République soviétique populaire de Boukhara. Bukhkino, en tant que société cinématographique russo-boukharienne, a également été fondée en 1924 et a produit le premier long métrage de l’Ouzbékistan actuel, « Le Minaret de la mort » de Viacheslav Viskovskii (1925), un film à thème exotique qui a connu un succès dans toute l’Union soviétique. et a même été exporté à l’étranger.

Plus tard, Bukhkino a fusionné avec Uzbekgoskino (Ouzbekfilm ) à Tachkent, qui a produit à l’origine principalement de la propagande anti-religieuse soviétique ciblant l’islam pendant la campagne anti-religieuse de l’URSS (1928-1941)

Jusqu’au début des années 1950, date à laquelle Moscou autorise la république d’Ouzbékistan à produire et réaliser elle-même ses films : quatre par an et à condition qu’ils soient le reflet positif et idéal de toute bonne république socialiste soviétique, le cinéma ouzbek est une variante orientale du cinéma soviétique depuis très longtemps, et pour cause. Les Russes gardent la mainmise sur les œuvres de fiction et les documentaires.
Deux réalisateurs de premier plan à l’époque soviétique étaient Nabi Ganiev (1904–1952) et Suleiman Khodjaev (1892–1937). Alors que Ganiev,

le premier réalisateur ouzbek dont les films mettaient en vedette une majorité d’acteurs ouzbeks (dans les films précédents, la plupart des acteurs étaient russes), s’est engagé dans la propagande stalinienne à travers ses films et a survécu aux purges,

Le réalisateur ouzbek Suleyman Khodjaev réalise « Avant le lever du soleil ». Ce film raconte la révolte des populations d’Asie centrale contre la mobilisation pour la guerre décrétée par le tsar en 1916. Khodjaev est déporté et meurt au goulag, juste après la sortie du film.
Khodjaev a été victime de la répression stalinienne. Son film « Before Dawn » (1933) était ostensiblement une critique de la Russie tsariste , mais la dépeignant comme une puissance coloniale, et les Ouzbeks qui s’y opposaient comme des combattants de la liberté anti-coloniaux , ont rendu les autorités suspectes que Khodjaev faisait allusion à l’ Union soviétique .

En 1937, « Le Serment d’Aleksandr Ulos’stev-Garf » est le premier film parlant produit en Ouzébékistan. Elle marque aussi la fin d’une époque puisque, lors de la Grande Purge , très peu de nouveaux films sont produits.

Plus tard, es films les plus acclamés par la critique de la période soviétique comprennent des films tels que « Maftuningman » (1958),

« Mahallada duv-duv gap » (1960)

et « Shum bola » (1977).

Le renouveau du cinéma en Asie centrale intervient à partir des années 1960. L’un des cinéastes ouzbeks le plus important de cette période est Ali Khamraev qui signe son premier long métrage « Petites Histoires des enfants » qui, suivi notamment de « Où es-tu ma Zulfiya ? » Il s’impose réellement avec le « Commissaire extraordinaire » (1970), « Sans peur » (1971), « la Septième Balle » (1972), « L’homme poursuit les oiseaux » (1975), « Tryptique » (1978), le « Jardin des désirs » (1987),« Bo Ba Bu » (2000).

Dans les années 1960, trois films, dont « Tachkent, ville du pain » (1968), de Shoukrat Abassov, ont la folle audace de parler de l’Ouzbékistan, de la culture de son peuple, de ses traditions et des difficultés de la vie quotidienne. La Nouvelle Vague qui fait fureur un peu partout dans le monde et la « détente » initiée par Khroutchev déclenchent cet écart de conduite que la période brejnévienne tente aussitôt d’effacer.

Dans les années 1960 et 1970, "l’Ouzbékistan était très réputé dans le monde du cinéma, tant dans la zone d’influence soviétique que dans le monde en général," explique Firdavs Abdukhalikov, directeur de l’Agence cinématographique d’Ouzbékistan.
Quelques rares cinéastes, comme la réalisatrice Kamara Kamalova, n’en poursuivent pas moins une œuvre personnelle. Dans « Le Sauvage », un jeune homme donne une gifle à un personnage omnipotent et craint de tout le quartier qu’il terrorise depuis des années. Le parallèle est à peine masqué. La perestroïka, puis l’indépendance sont l’occasion pour de jeunes réalisateurs un peu provocateurs de libérer leur imagination et d’évoquer l’identité du peuple ouzbek, comme Djahongir Faiziev avec « Qui es-tu toi ? » (1989). La même année, « Une histoire de soldat » de Zoulfikar Moussakov plante la caméra dans une caserne où des soldats originaires d’Ouzbékistan et de Russie tentent en vain de se comprendre et de communiquer dans un univers où il faut obéir aux ordres.

La période post soviétique

Si la période de l’indépendance et la promotion de la culture et de l’identité ouzbèkes permettent aux réalisateurs de toucher quelques aides de l’État, la situation économique actuelle plonge le cinéma ouzbek dans la morosité. Le public ouzbek se désintéresse d’œuvres nationales tournées avec peu de moyens et se tourne vers le cinéma indien et les super-productions américaines, au moment où le gouvernement ouzbek prend conscience de l’importance du cinéma et finance 15 à 20 films de fiction par an…

"Au cours des 25 dernières années, jusqu’en 2017, l’Ouzbékistan a connu la stagnation ; nous devons l’admettre : les studios fermaient, les financements étaient suspendus, les équipements étaient mis aux enchères, toute l’industrie était au bord de l’effondrement," précise Firdavs Abdukhalikov, directeur de l’Agence cinématographique d’Ouzbékistan.

Parmi les jeunes cinéastes citons Elier Ichmoukhamedov avec « Tendresse » (1967). Si la censure interdit les films à caractère politique le gouvernement, en revanche, subventionne largement l’industrie du cinéma qui connaît à la fois un succès populaire et est programmé plusieurs festivals en Europe, notamment en France à Vesoul, la Rochelle et Nantes, qui ont permis de faire découvrir les talentueux cinéastes ouzbeks avant 1991 et après comme de la génération des années 1990 à 2000 représentée notamment par Zoulfikar Moussakov et Yousoup Razykov qui a obtenu en 2006 le Grand Prix du Jury International du festival international des cinémas d’Asie de Vesoul avec « Le gardien ».

Peu de films ouzbeks après l’indépendance de l’Ouzbékistan ont atteint une notoriété internationale. Selon certains critiques de cinéma russes vers 2009, de nombreux films ouzbeks modernes étaient bon marché et de mauvaise qualité. Ils ont suggéré que tandis que la quantité de films ouzbeks monte, la qualité n’était pas. Cependant, il y a eu plusieurs films acclamés par la critique ces dernières années, tels que « Scorpion » (2018),

« Hot Bread » (2019) et 2000 « Songs of Farida » (2020).

« Je ne suis pas un terroriste » (2021).

En 2021, le Festival du film de Tachkent est de retour après une interruption de 24 ans. Plusieurs réformes ont été menées dans le pays ces dernières années, notamment dans le domaine de la culture. "Le point culminant de toutes ces réformes a été la renaissance du Festival du film."
Le pays d’Asie centrale espère que ce festival sera moteur pour le développement de l’industrie nationale. "Il promet de devenir l’événement culturel de l’année et un lieu propice au partage d’expériences avec la communauté cinématographique internationale, la signature de nouveaux contrats et la génération d’idées,"
Huit films préférés présentés lors du Festival international du film de Tachkent qui se tient dans la capitale ouzbek, 65 ans après sa première édition.

CINEASTES

Années 1925-1955

  • Nabi Ganiev (1904-1952) : L’essor ou L’ascension (1931, Ramazan (1932), Le puits de la mort (1933), Egit (1935), Nous vaincrons (1941), ...
  • Kamil Yarmatov (1903-1978) : Loin sur la frontière (1931), L’émigrant (1934), Les amis se rencontrent à nouveau (1939), Aux amis du front (1942), ...
  • Mihail Averbah (1904-1980) : Le tchador (1927)
  • Girsh Cernjak (1901-1954) : Son droit (1931)
  • Mihail Doronin (1885-1939) : La seconde épouse (1927)
  • Mihail Egorov (1905-) : Assal (1940)
  • Oleg Frelih (1887-1953) : Le fourgon couvert (1927)
  • Kazimir Gertel : Les chacals de Ravat (1927)
  • Saib Hodzaeb : Tong Oldydan (1934)
  • Nikolaj Klado (1909-) : Le puits de la mort (1933)
  • Arnold Kordjum (1890-1969) : Azamat (1939)
  • V. N. Kricov : Bakht-Kouiachi (1926)
  • Ceslav Sabinskij (1885-1941) : Le dernier Bek (1930)
  • Aleksandr Usol’cev-Garf (1901-1970) : Le serment (1937)
  • Nadezda Zubova (1898-) : Arabi (1930)

Années 1955 à 1980

  • Shuhrat Abbosov (1931-2018) : Tout Makhallia en parle (1960), ....
  • Juldas Agzamov (1909-) : Klytch (1935), Au nom du bonheur (1955), Les pêcheurs de l’Aral (1957), ...
  • Ravil Batyrov (1931-) : Les aventures des funambules (1964), ...
  • Latif Fajziev (1929-) : Le bey et le journalier’’ ou Le seigneur et le serf (1953), ...
  • Albert Hacaturov (1930-1976) : A la rencontre de la confiance (1965), ...
  • Ali Khamraev (1937-) : La première déclaration (1963), ...


Ali Khamraev est un réalisateur et scénariste ouzbek. De son nom complet Ali Irgashaliyevich Khamraev, il est né le 19 mai 1937 à Tachkent, actuelle capitale de l’Ouzbékistan, faisant à l’époque partie de l’URSS. Ali Khamraev se montre très tôt passionné par le cinéma. Il suit alors les cours à la VGIK (l’Institut d’État de Cinématographie) de Moscou sous la direction de Grigori Rochal. À vingt-cinq ans, il finit ses études et coréalise, avec M. Makhmoudov, son premier long-métrage, « Petites histoires d’enfants qui... » (1962).Il réussit très vite à se faire engager par les studios Ouzbekfilm, pour lesquels il enchaîne plusieurs tournages dans des genres variés, à l’image de Salom « Bakhor », « Un peu, beaucoup ? » (1963) et d’« Où es-tu ma Zoulfia ? ». Il dirige par la suite le drame psychologique Les « Cigognes blanches, blanches » (1966), dont il est également le scénariste. .Dès la fin des années soixante, Ali Khamraev devient incontestablement l’une des figures les plus importantes et les plus connues de la scène artistique ouzbèke, particulièrement après avoir été distingué par son gouvernement pour son travail. Il continue alors de signer plusieurs longs-métrages, notamment le film dramatique Le Commissaire extraordinaire (1970), où il met en scène Suimenkul Chokmorov et Armen Djigarkhanian. Après cela, Ali Khamraev présente le film historique Sans peur (1971). Il en confie les rôles principaux à Khikmat Latypov et Dilorom Kambarova, qu’il retrouve dans le film policier « La Septième balle » (1972).Il réalise ensuite « L’Admirateur » (1973), puis le drame poétique « L’Homme suit les oiseaux » (1975), où il retrouve son acteur fétiche Dilorom Kambarova aux côtés d’Abdougani Sidov. À la fin des années soixante-dix, Ali Khamraev dévoile « Triptyque » (1978), une comédie dramatique dans laquelle il réunit A. Alimova et Chavkat Abdoussalamov, avant de diriger Alexandre Kaidanovski et Anatoly Solonytsine dans le film d’aventures « Garde du corps » (1979). La décennie suivante sera marquée par les sorties de ses films « Un été chaud à Kaboul » (1983), « Tirer quand on est en colère ne vaut pas la peine » (1983), « Je me souviens de toi » (1985), où il met en scène Goulynara Tasbaeva et Lilia Gritsenko, ou encore « Le Jardin des désirs » (1987).En 1998, Ali Khamraev signe « Bo Ba Bu », dans lequel évoluentArielle Dombasle, Giavakir Zakirov, Abdulrascid Abdirakmanov et Inigo Lezzi.

  • El’er Ismuhameddov (1942-) : La rencontre (1963), ...
  • Zagid Sabitov (1909-) : On se rencontrera sur le stade (1956)

ACTEURS OUZBEKS
- Alexandre Abdoulov, né le 29 mai 1953 à Fergana et mort le 3 janvier 2008 à Moscou en Russie
- Oulmas Alikhodjaev
- Yefim Bronfman, né le 10 avril 1958 à Tachkent
- Talgat Nigmatulin (1949-1985), acteur des studios Uzbekfilm depuis 1971
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