Le Nanar du mois de juin 2022 _ "Electre "

  • Mis à jour : 30 mai

Le Nanar du mois n’est pas un Nanar (ne fois n’est pas coutume)
Électre est un film grec réalisé par Michael Cacoyannis et sorti en 1962. Il fut présenté au Festival de Cannes 1962. Il s’agit d’une adaptation d’Électre, la tragédie d’Euripide. Il constitue le premier volet de la trilogie de tragédies grecques de Cacoyannis. Il est suivi des Troyennes en 1971 et Iphigénie en 1977.

ELECTRE

FICHE TECHNIQUE
Réalisation : Michael Cacoyannis
Assistants réalisateurs : B. Mariolis, Th. Christides
Scénario : Michael Cacoyannis d’après la tragédie d’Euripide (414 avant Jésus-Christ)
Production : Michael Cacoyannis
Directeur de la photographie : Walter Lassally
Montage : Michael Cacoyannis
Décors et costumes : Spyros Vassiliou
Musique : Mikis Theodorakis
Pays d’origine : Grèce
Genre : tragédie grecque
Format : noir et blanc
Durée : 120 minutes
Date de sortie en France : 24 octobre 1962

SYNOPSIS =
De retour de la guerre de Troie, Agamemnon est assassiné par sa femme Clytemnestre et l’amant de celle-ci Egisthe. Son fils Oreste est exilé. Sa fille Électre se coupe les cheveux et les jette aux pieds de sa mère. Puis, elle part avec le mari qu’Egisthe lui a imposé, un vieux berger. Elle jure sur le tombeau de son père de le venger. Elle retrouve Oreste et Pylade et réussit à convaincre son frère de commettre le matricide.

DISTRIBUTION
Irène Papas : Électre
Yannis Fertis (el) : Oreste
Aléka Katséli : Clytemnestre
Manos Katrakis : le précepteur
Notis Peryalis (el) : le mari d’Électre
Takis Emmanouil : Pylade
Theano Ioannidou : chef de chœur
Phivos Razis : Égisthe
Theodoros Dimitriou (el) : Agamemnon

AUTOUR DU FILM

  • Le film a été tourné du 2 novembre au 31 décembre 1961 à Mycènes, Argos ainsi qu’aux studios Finos Films.
  • Neuf prix (dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice) à la Semaine du cinéma grec 1962
  • Prix spécial au Festival de Cannes 1962
  • Ours d’argent au Festival de Berlin 1962
  • Prix Femina en Belgique

CRITIQUE
Article écrit par Dimitra Giannakou
Le mythe d’Électre, de cette femme inconditionnée et ferme à sa décision de prendre vengeance pour le meurtre et la perte injuste de son père bien-aimé Agamemnon, a inspiré plusieurs auteurs et elle est plus ou moins connue. Le nom d’Électre est évocateur, elle est la femme « sans lit » conjugal, puisque son mariage avec un laboureur, imposé par sa mère Clytemnestre et Égisthe, n’est pas réel. Électre avait mis entre parenthèses sa vie de femme en attendant l’heure de la vengeance. M. Cacoyannis a transposé ce mythe à l’écran, en respectant l’esprit de l’ancien poète.

En 1961, la Grèce était pauvre, accablée et extenuée par deux guerres, à savoir, la seconde guerre mondiale et la guerre civile, ainsi que par les différents états austères et antidémocratiques qui ont suivi. C’est lors de cette période de crise politique et sociale que réalisateur grec, Michalis Cacoyannis, se lance à la réalisation du film Electre.

La problématique qui prend forme chez Michalis Cacoyannis est le passage de la forme théâtrale à la forme filmique. Ces deux formes constituent deux moyens d’expression différents, la forme théâtrale reposant sur la parole, tandis que la forme filmique repose sur les images en mouvement.

Les libertés spatio-temporelles mises à la disposition d’un auteur des films par rapport au metteur en scène des pièces sont déjà très connues. C’est ainsi que, en prolongeant l’idée de son prédécesseur, M. Cacoyannis s’est senti obligé de couper, de condenser, d’élargir ou encore de changer l’ordre des différentes scènes ou épisodes.

Transformer les mots en images : le décor de Mycènes
L’histoire de M. Cacoyannis se déroule à l’extérieur, à l’endroit où les événements se sont déroulés avant presque trois mille ans : à Mycènes et à la campagne grecque. En évitant les tendances hollywoodiennes qui l’auraient amené à construire un faux palais de Mycènes, le réalisateur préfère commencer son film par des plans de l’ancien palais. Ainsi, prenant comme base les propres expériences du spectateur, il réussit à rendre le présent au passé et restituer la tragédie à l’époque moderne.

La caméra, grâce à sa mobilité, ne connaît pas les conventions du temps et de l’espace. Le paysage reflète une cruauté, à l’image des événements qui vont suivre. La cabane du laboureur –où Électre est amenée après son mariage forcé- et les vallées n’ont pas la fonction des signes descriptifs d’une vie rustique ou pauvre. Le paysage naturel est l’inverse de la vie sociale de la ville qui, d’ailleurs, est l’environnement naturel d’Electre.

Ainsi, inspiré de l’oeuvre ancienne, M. Cacoyannis crée un nouveau spectacle qui transforme les mots en images ; le décor visualisant ce que le récit narratif de la pièce tende à exprimer, crée différents codes de communication parvenant, ainsi, à dessiner les traces et les messages euripidiens. La caméra, par sa captation des éléments, hors des trois murs de la scène, offre des notations multiples au regard, proposant au spectateur une vision émancipée.

Une colline aride, une vallée d’oliviers, quelques paysannes vêtues en noir en portant des urnes sur leurs épaules, l’image du laboureur avec un animal sur ses épaules rappelant la statue grecque antique, le Moscophore (= porteur de veau, vers 550-570 av. J.-C, image ci-dessous), les figures des femmes du Choeur, souvent immobiles, nous renvoyant aux statues grecques et dégageant une simplicité enveloppée d’hiératisme, l’air qui prend leur voile aux moments critiques, tout ce contexte a suffit au réalisateur pour créer un spectacle qui met l’accent sur l’intemporalité de la tragédie antique. Ainsi, sous un ciel clair, qui remplit de nuages en correspondant aux situations dramatiques représentées, la voix d’Euripide passe sans paraître étrange au public contemporain.